Ces magazines sont très bon marché : Entre 2 à 4 € pour des « briques » contenant de 500 à 1400 pages. Leurs rythmes peuvent être soutenus (hebdomadaire) comme éparpillés ( trimestriel).
La plupart du temps, les Japonais lisent ces magazines un peu partout, généralement dans le métro qui les emmènent au boulot. Ils les achètent dans les librairies, les kiosques, les combinis (supérettes ouvertes 24h/24h) ou carrément des distributeurs.
Les Japonais ne gardent pas ces magazines. Après leur lecture, ils les jettent dans la première poubelle venue ou les abandonnent (pauvres petits mangas...) sur un banc où d’autres personnes peuvent jouirent d’une lecture active (vive le recyclage solidaire).


Donc, ces magazines ne sont pas des objets de valeur car il s’agit d’une sorte de sous-produit permettant la mise en place de catégories (shôjo, shônen, seinen,...) et une manière d’enquêter sur un futur succès.

Dans chaque magazine de prépublication, une carte postale de réponse à une enquête est insérée, le lecteur est incité à renvoyer son avis sur chaque série grâce à des concours. De cette façon, la popularité des séries est graduée...
Pas bête l’éditorial.

Les grands éditeurs japonais usinent le manga pour construire un succès économique où l’artistique, parfois, se meurt.
Mais ces prépublications apportent aux mangakas une facilité d’insertion dans un domaine saturé et un accès à la profession plus large.
Plus de 250 magazines de prépublications ont vu le jour au pays du soleil levant mais très peu touchent à la lumière divine du « connu et reconnu ».

La classe pour la classe

Ces magazines servent aussi à classer les manga en terme de catégories.  Cette classification est faite selon le magazine et les oeuvres choisies. Chaque éditeur recherche « la série » qui fera décoller les ventes. Cette diversité rythme la lecture et propose au lectorat une parcimonie ambiante et agréable.
 
Il existe une énorme variété de magazines de prépublication au Japon.
Voici ceux qui ont retenu mon attention :

Asuka : mensuel
Spécialisé dans le shôjo ou shônen-aï contenant :
DN Angel, Le fabuleux destin de Tarô Yamada, Lawful Drug, Neon genesis Evangelion, Le vilain petit canard, Trinity Blood, X,....
Ce magazine se destine surtout au royaume de la fantaisie.






Cookie : mensuel
Contenant les séries : Clover, Comme elles, Honey Bitter, Nana,...
Du shôjo plus adulte recherché par les célibataires s’usant jusqu’au fond du cœur.







Hana To Yume : bimensuel
Contenant:
L’Académie Alice, Accords parfaits, Angel sanctuary, Comte cain, Démons et chimères, Les descendants des ténèbres, Fruits basket, Global garden, Magie intérieur, Parmi eux- Hanakimi, Neji, Please save my heart,....
Un magazine pur shôjo qui attire le mélodrame et le plaisir du premier amour en apportant une touche de fantastique.




Sho-Comi : bimensuel
Contenant : Akari, Alice 19th, L’amour à tout prix, Appare Jipangu !, Ayashi no ceres, Binetsu shojo, Kaikan phrase, Kare first love, Love celeb, Lui ou rie !, Secret Sweetheart,...
Spécialiste de la mangaka Yuu Watase et de shôjo limite trop sucré mais agréable à déguster avec un brin de piment magique.





Weekly Shonen Jump : hebdomadaire
Contenant : Black Cat, Bleach, Cat’s Eye, Captain Tsubasa, City Hunter, Cobra, Deat Note, D-Gray Man, Dragon Ball, Hikaru No Go, Hunter X Hunter, One piece, Naruto ,....
Du shônen en perspective, du succès à l’état brut, du pur gagnant.







Weekly Shonen Magazine : hebdomadaire
Contenant : GTO, Devilman, Get Backers, Love Hina, Psychometrer Eiji, Negima, Samurai Deeper Kyo, Tsubasa RESERVoir CHRoNiCLE,....
Un magazine performant qui attire les oeuvres victorieuses.






Weekly Shonen Sunday : hebdomadaire
Contenant: Arms, Cross Game, Devil devil, Karakuri circus, Ranma ½, Detective Conan, Inu yasha, H2, MÄR, Togari,...
Du shônen trash ou simple ou prisé ou performant ou... Beau mélange.







Ces magazines ne publient pas que du shôjo ou du shônen : le seinen, le yaoi ou le josei abattent leurs cartes avec des prépublications comme Young Sunday, Feel young ou rutile.

Le choix pour le choix

Nous entamons une nouvelle ère productive : une « asiatisation » par le manga.
Les éditeurs ont essayé d’exploiter le marché de la prépublication mais ils se sont brisés les ailes sur des murs de contre-sens.

Ces magazines français ont été consommés comme des produits de luxe. Le choix des éditeurs fût peu judicieux, leurs orientations se fixaient sur une économie basique qui ne permettaient pas aux lecteurs une ouverture d’esprit libre mais une autre manière d’ouvrir son porte-feuille.
Leur prix (7,00€) frise le ridicule car ce genre de magazine ne doit pas être un achat indispensable. Ce système permet d’avoir le choix.
Et ce choix aide à la prolifération de série charismatique et à la variation d’un rythme d’édition trop bien huilé.

Sachons que le manga est un mode de narration cinématographique et il doit être servi comme tel : sur un plateau doré serti de choix.
Ce mode apporte une émotion passant uniquement par l’image, un visuel qui prime sur le texte.
Ce filon que les Français exploite depuis plus de 10 ans se fond dans un moule de pierre.

Le rythme de travail des Japonais a imposé des systèmes de publications différents mais cet ensemble d’éléments  a imposé des contraintes et des limites.
Les éditeurs ont essayé d’imiter ce système mais leur obstination à vouloir tout exploiter à la manière européenne conduit droit au gouffre financier.
« C’est en copiant qu’on invente » et copier est le mettre mot de cette méthode.
La prépublication est un domaine strictement choisi pour durer si le public garde une notion de privilégié :
- un prix dérisoire
- des séries attractives
- un papier recyclé
- une mise en page simple et efficace
- un choix grisant
- une publication suivie et accessible

La pré- pour l’après

Des envies qui ne composent pas.
Elles ne se dépouillent pas, elles ne brodent pas, elles n’enjolivent pas, elles restent élémentaires et rudimentaires.
Les otakus ( fans de manga et japanimation) francophones en perdront leur latin.
 Le virus manga est en marche.
Il suffit de rester sur le sol, les pieds joints vers une terre qui ne demande qu’à s’ouvrir sur la compréhension des envies du lectorat.
La planète bleue n’est pas si loin de la planète manga.
La France n’est pas si loin du Japon... 
Les grands esprits se rencontrent près du drapeau du Monde.


Un article d'Angel Lou