10h18 : Je marche fièrement vers la Japan Expo en suivant discrètement les habitués des lieux.
Sous mes yeux perplexes, un rassemblement monstrueux se dresse devant l’entrée de l’exposition. Au minimum deux heures d’attente sous une pluie fine, la foule se presse, la foule s’agglutine, la foule s’impatiente. Je bénis l’inventeur de la carte de presse. Un petit tour du côté des VIP /presse... Pas une trace d’affluence.

De gentilles demoiselles du staff me guident vers mon entrée, j’accole une signature et je rentre dignement vers une meute assoiffée de japo-niaiseries. Au diable les préjugés car je ressemble trait pour trait à ce déluge de fanatiques en loose-socks.

Armée de mon plan, je pénètre, pour la première fois, dans ce festival de loisirs japonais.  Je me délecte à l’avance mais je stoppe net ma course. Je suis déjà perdue.



Je contemple, déchiffre, décrypte et peste sur ce plan sans queue ni tête.

Par où commencer???

  • Je m’oriente tant bien que mal vers les stands des différents éditeurs : Glénat, Kana, Asuka, Kaze, Dybex...  du vu et du revu.
  • Je me faufile vers le village des jeunes créateurs : Toxic store, Capsule Tokyo, des noms perdues au milieu de la cohue... un ex-centrisme baroudeur.
  • Je me balade vers les fanzines... de l’originalité, de l’assurance, de l’enthousiasme.
  • Je bondis vers la scène des cosplays libres... du cinéma, de la vie, du changement, de l’audace, du ravissement.
  • Je m’incline devant les magasins de goodies en tout genre, mon portefeuille va chanter la Marseillaise.
  • Mes pieds paumés dans la Japan Jungle, je me tourne vers les jeux vidéos... amusement, contentement, débordement, fous rires épuisants.



Chantera, chantera pas... pas de karaoké pour moi. Je décide de rester humble et sérieuse.
Je me dirige vers la salle de conférence qui ne ressemble en rien à une salle... pas de murs, du son qui s’appelle « reviens » et des chaises qui plieraient devant un chaton atteint d’épilepsie. Je m’égare!!!
La faim me tiraille et mon cerveau est en mode «  Ne me parle pas ou je te tape ». Mon plan m’indique la direction d’un sushi bar, alors je sautille vers le poisson cru et le riz gluant. Je précise que j’ai un sens de l’orientation aiguisé et parfait, pourtant, il m’est impossible de trouver un seul de grain de riz à l’horizon. Mon corps me crie famine et m’impose la direction de cafétéria, sandwicheries et autres.
Une armada, une populace, un amoncellement de filles, de garçons, de Naruto, de Pikachu, de lycéennes, d’oreilles de nekos me barrent soudainement la route. Une file qui dépasse l’entendement. Il me faudra au moins une à deux heures pour recevoir mon sandwich au goût de plastique. La patience n’est pas ma qualité première ; alors, je déclare forfait.



Je retourne vers la scène libre pour mitrailler de flashs les braves cosplayeurs. Mais je stoppe sec sur un lieu de perdition, un lieu où le mot 5% DE RÉDUCTION est placardé grossièrement sur un stand peu méconnu : « le manga café ». Les billets tombent et les achats débutent. Une boisson pour la route car le parc des expositions est immense et je repars gaiement vers mes attributions.

Je m’installe par terre comme une pauvre fan affamée et je me nourris des prestations de cosplayeurs qui tentent la scène. Des positions, des exclamations, des fusions, les courageux gigotent en rythme sur les musiques des différents mangas interprétés. La joie de s’exhiber ne se lit pas sur leurs visages, leur sérieux est impénétrable.
Je suis sous le charme, je me retrouve plantée comme deux ronds de flans photographiant telle une paparazzi en manque. Je retrouve mes esprits une heure plus tard souhaitant sortir de cette troupe agglutinée autour de la scène. Je me libère et pars vers d’autres horizons.

Le stand du doublage d’animes me tend les bras. Des amateurs se prennent au jeu et doublent avec entrain différents personnages. Le talent comique s’évacue des corps, des doublages qui entraînent des voix entremêlées de gênes et de rires.

15h17 : les stands m’appellent pour dépenser les quelques euros en ma possession.
Un sac Mokona noir, un T-shirt Nana, un bonnet aux oreilles de lapin, je balance mes billets à travers la fenêtre des accessoires inutiles. Pour compléter ma collection de DVDs, je m’embarque sur le bateau Manga distribution où les coffrets riment avec petits prix.
Des séries complètes allant de 9,95€ à 15€ , trois coffrets pour 39,95€. Emy magique, Laura ou la passion du théâtre, Jem et les hologrammes, Hikaru no go, X, ... la vision de ces animes me rendent nostalgiques.
J’achète, j’achète, j’achète !

On m’écrase, on me marche sur les pieds, je sors ma tête de la foule pour essayer de respirer, juste assez pour survivre.Ma bourse bien vide et l’estomac dans les talons, je sors douloureusement du parc des expositions car mes pieds portent du plomb. Mes bras chargés et ma tête dans un étau, je me traîne vers ma voiture et repars vers mon petit monde, seule.

La solitude paraît délicieuse après une journée dans la Japan Jungle.
Le chemin en vaut-il la chandelle ?
Je l’ignore, quoi qu’il en soit, la journée fût amusante, déroutante. J’ai glissé sur un monde de rêves, de folies et de possibilités. La gentillesse des visiteurs est indescriptible, leur amabilité précède leur empressement. Leur joie se lisait sur leur visage et leur accessibilité était démesurée. Je pense que toute cette affluence de passion et d’accord vaut tous les déplacements du monde!

Prochaine étape : La « Chibi Japan Expo » volume 2
Du 31 octobre au 2 novembre 2008
Hall d’exposition de Paris Est Montreuil

Un article de Angel Lou