Mushishi fait tomber la barrière de nos préjugés. Qui pourrait penser que seinen puisse rimer avec charme et beauté, là où l'habitude est de nous montrer des mondes apocalyptiques pleins de violence, de sexe et de sang. Au contraire, ce manga nous apporte la petite touche de poésie qui nous fait souvent défaut dans notre quotidien.






Mushishi couvertures des tomes 1 à 9
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Ne cherchez ni action, ni combat, ni même de la romance, le rythme est lent, les petites histoires s'enchainent déversant en nous un flot de sentiments à la fois romantiques et mélancoliques. Parfois elles sont joyeuses, parfois tristes voire dramatiques mais elles sont toujours belles.



L'auteur nous fait découvrir une autre facette de la nature : une nature inconnue, mystérieuse, un peu inquiétante mais tellement fascinante. Cette sensation est très nettement renforcée par les dessins. Bien qu'il ne soit pas de qualité constante et que le chara design soit assez quelconque, l'organisation des cases accentue le poids donné à la nature. Les détails sont bien mis en valeur et les vignettes avec un gros plan sur un paysage, ou un élément de la nature sont courantes. Quelques pages en couleur sur papier glacé s'insèrent de ci de là dans chaque ouvrage. Les dessins prennent alors un aspect d'aquarelle.


Nous suivons les aventures de Ginko, un mushishi. Il possède un don, celui de voir les mushi (insecte en japonais). Ce sont des créatures invisibles pour le commun des mortels. Elles vivent dans notre monde et interagissent avec les êtres humains. Parfois la cohabitation est bénéfique mais parfois les mushis s'avèrent être nuisibles pour l'homme. C'est alors aux mushishis d'agir. Au fil du voyage de Ginko nous faisons la connaissance de nouveaux personnages à qui ont fini par s'attacher pour ensuite les quitter et en rencontrer d'autres.





Finalement on se rend compte que le personnage que l'on connait le moins c'est Ginko. L'auteur fait planer un mystère autour de son héros. Les non dits piquent notre curiosité et nous donnent envie d'en connaître d'avantage sur un homme qui paraît terriblement moderne dans un Japon si traditionnel.




Toutes les histoires sont en fait un moyen de pousser le lecteur à s'interroger sur des sujets beaucoup plus profonds.



Laissez moi vous conter l'histoire qui m'a le plus marquée pour expliquer quel genre de message la mangaka fait passer dans son récit. Elle s'intitule le grain lourd. Quand un désastre naturel frappe les rizières d'un village à la terre pourtant peu fertile, la récolte est toujours exceptionnelle. Mais cette année là il y a toujours quelqu'un chez qui une nouvelle dent pousse à l'automne. A la fin de l'automne cette « dent de vieillesse » tombe et la personne meurt. En réalité celui que l'on nomme le maitre des célébrations plante « le grain lourd » chaque année où la famine menace. Ce grain assurera une bonne récolte au village. Une personne va devoir mourir mais plusieurs autres vies seront ainsi épargnées. Derrière cette histoire de mushi, l'auteur nous fait réfléchir au prix de la vie. Est ce que le sacrifice d'une vie peut être justifié s'il permet d'en sauver d'autres ?

Derrière les parasites se cachent les bassesses et les défauts de l'être humain. Par ces petites anecdotes, Yuki Urushibara nous dépeint un portrait de l'humanité. Aucune réponse préconçue ni morale ne nous est donnée à la fin de chaque récit, c'est à nous de les trouver en chacun de nous. On pourra se sentir déstabilisé voire mal à l'aise mais quoiqu'il en soit on ne pourra rester insensible. Une multitude de sentiments et de questions nous assaillent à la lecture de ce petit bijou.



Petit plus :

Mushishi c'est un manga toujours en cours de parution au Japon, mais c'est aussi un anime encore inédit en France, un film live et un jeu video de simulation de vie.



Affiche du film Mushishi
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Mushishi, le manga a été récompensé par le prestigieux prix Kodansha.

En France, Mushishi est édité chez Kana (collection Big Kana)




Un article de Carolus