Avec un chara design particulier qui ne plaira pas à tout le monde et un dessin épuré pour ne pas dire simpliste, il paraitrait assez improbable que le point fort de Beck réside dans ses graphismes. Et pourtant...


Pour moi, Harold Sakuishi n'est pas le meilleur dessinateur qui soit. Ses planches sont souvent ponctuées de multiples défauts. Le chara design est quelconque, voire même laid pour certains personnages. Je n'aime pas la façon dont il représente les yeux, notamment ceux de Ryûsuke. Les paupières sont trop saillantes, les yeux paraissent à moitié fermés. J'ai aussi noté quelques soucis de proportions car les têtes semblent souvent trop petites au vue du reste du corps.




Néanmoins je persiste à dire que les graphismes sont un atout pour ce manga. Ce n'est pas tant le trait du dessinateur en lui même qui donne un avantage à cette série mais plutôt comment sont mis en scène les personnages. L'auteur ne représente quasiment jamais de décors. On pourrait penser que c'est un tort, pourtant l'absence d'arrière plan nous permet de nous focaliser sur le personnage et surtout ses expressions. La façon dont le mangaka les dessine ne remportera pas l'unanimité, à cause des bouches et des yeux démesurés mais au moins on comprend parfaitement le message qu'il a voulu faire passer.



Ryûsuke
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Les pages où l'on voit un concert sont remarquables. L'auteur passe en revue chacun des membres du groupe en retransmettant admirablement l'intensité et la passion qui se dégagent de leur musique. Il alterne entre des gros plans sur le groupe (en y accordant parfois une page entière) et des cases sur le public en liesse, béat d'admiration. Les musiciens paraissent en transe, tant la sueur coule sur leur front. Leurs mouvements sont similés par des mains aux contours flous et leur visage concentré prouve à quel point ils aiment la musique. Encore une fois, il n'y a pas de décors, seulement des hachures pour donner du dynamisme. Les textes sont la plupart du temps absents hormis quelques rares onomatopées évoquant le son d'une guitare ou les cris de la foule. Notre attention ne peut alors, que se porter sur les visages.


Koyuki
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Même si Harold Sakuishi réussit à simuler avec brio la passion de la musique éprouvée par ses cinq garçons, cela ne suffirait pas à nous captiver si son histoire n'était pas à la hauteur.

Tanaka Yukio (surnommé Koyuki) est un jeune collégien de 14 ans, tout ce qu'il y a de plus banal. Il n'a aucun talent particulier et peu d'amis. Un soir après s'être fait tabasser par une bande de voyous, il prend la défense d'un chien très bizarre qui se faisait pourchasser par des gamins mal intentionnés. Il fait alors la connaissance de son maitre : Minami Ryuusuke. C'est alors que la vie de Yukio va s'en trouver bouleversée. Grâce à l'amitié et au soutien de Ryuusuke, il va apprendre la guitare et intégré le groupe de musique créé par son ami : Beck.

Sous ces apparences de shônen classique, Beck recèle de diverses qualités. Nous sommes bien en présence d'un héros sans personnalité affirmée ni talent particulier qui va se découvrir un attrait pour le rock et qui, dès lors, va chercher sans relâche, à s'améliorer dans ce domaine. Sa rencontre avec Ryûsuke va agir comme un catalyseur. Koyuki va changer, murir, évoluer. Ses goûts et sa personnalité vont s'affirmer.

Ce qui marque et attire dans ce manga c'est son coté réaliste, la façon dont on peut s'identifier aux personnages. Autant les dessins des visages sont expressifs, à la limite de la caricature, autant leurs réactions et sentiments sont proches des nôtres. Tous ont un caractère qui leur est propre.




Koyuki. (Yukio Tanaka)En tant que héros c'est le personnage qui subira le plus d'évolutions. Il va prendre sa vie en main et cesser d'être une victime. Il est gentil et ne supporte pas les injustices. Son bon cœur le poussera même à prendre la défense d'autres personnes qui ne lui rendront jamais la pareille. De fan d'une idol japonaise, il va devenir passionné de musique rock. Son acharnement lui permettra d'apprendre à jouer de la guitare en un temps record. Il est aussi un excellent nageur grâce aux cours de M Saito.
Dans Beck, il est à la fois guitariste et chanteur. Sa voix douce et mélodieuse lui permet d'interpréter les balades.

Ryûsuke Minami. Contrairement à Koyuki, Ryûsuke a déjà une personnalité affirmée dès le début. Il est sûr de lui et sait ce qu'il veut malgré son âge. Son rêve est de monter le meilleur groupe de musique. Sous ces airs de « mec cool » il cache un grand sens de la justice. C'est d'ailleurs pour cela que Koyuki attirera son attention. Ce personnage est aussi le « Don Juan » du groupe, celui qui collectionne les conquêtes d'un soir et fait pleurer les demoiselles.

C'est le guitariste du groupe. Ryûsuke est un génie, il est capable de faire passer des émotions rien qu'en faisant vibrer les cordes de son instrument.

Yoshiyuki Taira. C'est le membre le plus âgé du groupe. Il est calme, posé et mature. Ce caractère le rend très lucide et raisonnable. Par contre, il est aussi très franc et n'hésite pas à dire les vérités même si elles sont blessantes. Il est depuis toujours à la recherche d'un groupe où l'alchimie entre les membres est exceptionnelle. Peu bavard, il ne dit pas grand chose sur lui ou sa vie privée.

Taira est le bassiste mais c'est aussi et surtout un musicien dans l'âme. Il ne conçoit pas sa vie sans la musique. Quoiqu'il advienne, il fera carrière.

Tsunemi Chiba. Chiba est impulsif et bagarreur. Plus jeune, il était souvent la victime des élèves des classes supérieures. Il a donc décidé de se prendre en main et a appris le karaté. Depuis, c'est lui qui vient en aide à tous ceux qui se font martyriser. Koyuki sera d'ailleurs l'un d'eux.

Chiba est le chanteur principal de Beck. Il n'avait aucune attirance pour le chant, il a accepté l'offre de Ryûsuke pour rencontrer des filles. Il s'avéra très dynamique et son talent enflammera les salles de concert.


Saku. (Yuji Sakurai) Passionné de rock depuis longtemps, il sympathisera avec Koyuki dès son arrivée à l'école. Malgré le risque de représailles de la part de Hyodo il persistera à parler à Koyuki. Leur amitié sera dès lors inébranlable. Saku est extrêmement gentil et serviable, ce qui en fait un personnage très attachant.

Saku est le batteur du groupe. Il a appris à jouer seul mais possède un feeling très particulier qui le rend excellent.


Maho Minami. C'est la petite soeur de Ryûsuke. Maho a un caractère bien trempé et n'hésite pas à dire ce qu'elle pense. Mais sous ces airs de jeune fille forte, elle dissimule en réalité une vulnérabilité et une sensibilité très poussées.

Maho veut faire carrière dans le cinéma.



Beck. C'est le chien de Ryûsuke. Il est très bizarre avec ces cicatrices et ses couleurs peu communes. Il apporte un dose d'humour au manga.





M Saitô. C'est un ancien nageur olympique. Il donne des cours à Koyuki. Sa personnalité passe du gentil monsieur bedonnant à celle d'un tyran vulgaire lorsqu'il enseigne la natation. Passionné de rock anglais et guitariste, c'est lui qui aidera Koyuki lors de ses débuts. C'est aussi le personnage le plus amusant de la série.




Individuellement chaque personnage a un coté attachant mais, une fois réuni dans un même groupe ils le deviennent encore plus. En effet, Beck au delà de l'aspect musical est un manga d'amitié. Les cinq membres du groupe sont soudés et c'est ce qui leur permettra de faire face aux multiples difficultés qu'ils rencontreront sur leur route. Parfois les doutes les assaillent et des tensions apparaissent mais leur amitié est plus forte que tout.

Le réalisme du manga ne s'arrête pas aux personnalités et aux sentiments de ses personnages. Le style de narration aussi joue un rôle. L'histoire du groupe passe tout autant par le récit des répétitions, des concerts et des efforts faits pour faire connaître Beck, que par la description des journées de chacun de ses membres. L'auteur passe autant de temps à décrire une journée au lycée qu'un concert. La vie quotidienne avec son lot d'aléas, de coups durs ou de joies est aussi importante que les démonstrations scéniques. Le mangaka insiste sur ce point pour nous montrer combien les membres de Beck triment pour gagner l'argent nécessaire à la survie du groupe, tout en assurant leur scolarité et un semblant de vie privée.


D'ailleurs, Harold Sakuishi nous gratifie même d'une gentille histoire de cœur. Les sentiments naissent petit à petit puis on assiste aux débuts d'une idylle avec son lot de doutes, de bonheur et de petits malheurs. Il nous dépeint une histoire touchante de réalisme.


Pour ancrer d'avantage son histoire dans notre monde, l'auteur parsème son récit de petits clins d'oeil à des objets, marques ou personnes connues. Il évoque aussi à de nombreuses reprises des noms de star du rock qui existent réellement.


Le lecteur se sent impliqué, il est spectateur du récit. Les dessins contribuent fortement à lui donner cette impression. Le mangaka dessine fréquemment des vignettes où aucun personnage n'apparaît. Il représente le ciel, le bâtiment où se déroule l'action, les escaliers qui descendent au live house où se produit Beck, comme une invitation à entrer. Il aime aussi faire des gros plans sur le chien Beck, ce qui n'est pas pour me déplaire, tant il est amusant.



Ce manga pourrait très bien décrire une histoire vraie mais le ton reste frais et plaisant. L'humour est omniprésent, par le style caricatural des dessins, par la présence de Beck et de M Saitô à la personnalité débridée.

Ce manga nous permet d'en apprendre plus sur le monde de la musique au Japon et dans le monde. Il met en exergue les jeux d'influence et la domination des gros labels. Beck se pose comme le groupe qui va résister. Ils vont chercher à s'imposer sur la scène musicale envers et contre tout. L'univers de la musique devient alors un monde manichéïste où s'affronte d'un coté l'argent et la pop soutenue par les labels et de l'autre Beck et les adorateurs du rock traditionnel. En effet, par leur volonté de rester eux mêmes, de faire la musique qu'ils aiment et de vouloir privilégier les sentiments et les émotions à la popularité, Beck va conquérir le cœur de certains fans de « bonne » musique. Ce succès ne va pas plaire à tout le monde et le groupe va s'attirer les foudres de gens influant dans ce milieu.

On peut se demander jusqu'à quel point Harold Sakuishi ne profite pas de ce manga pour critiquer le milieu de la musique.


Beck est le manga que je préfère. Malgré ses graphismes particuliers le mangaka nous entraîne dans son histoire. Nos cœurs palpitent au rythme de la musique et nos mains tournent les pages avec véhémence. Nous espérons tous qu'un jour Beck réussisse à s'imposer sur la scène musicale et à faire reconnaître la suprématie du rock, pur et véritable.




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  • Editions : Delcourt
  • Auteur : Harold Sakuishi
  • Prix : 7,50€
  • Anime : Kaze
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Un article de Carolus