Beck : un manga rock à lire et à écouter à fond !
Par samanga le vendredi 8 août 2008, 20:08 - Actualités - Lien permanent
Créer un manga sur un groupe de
musique est un pari osé vu que l'auteur ne peut pas utiliser
les sons. Il est difficile de décrire l'intensité d'un
morceau ou d'une voix uniquement à l'aide d'image et de
quelques mots. Pourtant avec Beck, Harold Sakuishi a relevé ce défi.
Est ce que Beck est "le premier manga à lire et à écouter à fond" comme le prétend son éditeur français : Delcourt.
Comment le mangaka réussit-il à capter l'attention de son lecteur sans musique?
Avec un chara design particulier qui ne plaira pas à tout le monde et un dessin épuré pour ne pas dire simpliste, il paraitrait assez improbable que le point fort de Beck réside dans ses graphismes. Et pourtant...
Pour moi, Harold Sakuishi n'est pas le
meilleur dessinateur qui soit. Ses planches sont souvent ponctuées
de multiples défauts. Le chara design est quelconque, voire
même laid pour certains personnages. Je n'aime pas la façon
dont il représente les yeux, notamment ceux de Ryûsuke.
Les paupières sont trop saillantes, les yeux paraissent à
moitié fermés. J'ai aussi noté quelques soucis
de proportions car les têtes semblent souvent trop petites au
vue du reste du corps.

Néanmoins je persiste à
dire que les graphismes sont un atout pour ce manga. Ce n'est pas
tant le trait du dessinateur en lui même qui donne un avantage
à cette série mais plutôt comment sont mis en
scène les personnages. L'auteur ne représente quasiment
jamais de décors. On pourrait penser que c'est un tort,
pourtant l'absence d'arrière plan nous permet de nous
focaliser sur le personnage et surtout ses expressions. La façon
dont le mangaka les dessine ne remportera pas l'unanimité, à
cause des bouches et des yeux démesurés mais au moins
on comprend parfaitement le message qu'il a voulu faire passer.
Ryûsuke
Cliquez pour agrandir
Les pages où l'on voit un concert sont remarquables. L'auteur passe en revue chacun des membres du groupe en retransmettant admirablement l'intensité et la passion qui se dégagent de leur musique. Il alterne entre des gros plans sur le groupe (en y accordant parfois une page entière) et des cases sur le public en liesse, béat d'admiration. Les musiciens paraissent en transe, tant la sueur coule sur leur front. Leurs mouvements sont similés par des mains aux contours flous et leur visage concentré prouve à quel point ils aiment la musique. Encore une fois, il n'y a pas de décors, seulement des hachures pour donner du dynamisme. Les textes sont la plupart du temps absents hormis quelques rares onomatopées évoquant le son d'une guitare ou les cris de la foule. Notre attention ne peut alors, que se porter sur les visages.

Koyuki
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Même si Harold Sakuishi réussit
à simuler avec brio la passion de la musique éprouvée
par ses cinq garçons, cela ne suffirait pas à nous
captiver si son histoire n'était pas à la hauteur.
Tanaka Yukio (surnommé Koyuki)
est un jeune collégien de 14 ans, tout ce qu'il y a de plus
banal. Il n'a aucun talent particulier et peu d'amis. Un soir après
s'être fait tabasser par une bande de voyous, il prend la
défense d'un chien très bizarre qui se faisait
pourchasser par des gamins mal intentionnés. Il fait alors la
connaissance de son maitre : Minami Ryuusuke. C'est alors que la vie
de Yukio va s'en trouver bouleversée. Grâce à
l'amitié et au soutien de Ryuusuke, il va apprendre la guitare
et intégré le groupe de musique créé par
son ami : Beck.
Sous ces apparences de shônen classique, Beck recèle de diverses qualités. Nous sommes bien en présence d'un héros sans personnalité affirmée ni talent particulier qui va se découvrir un attrait pour le rock et qui, dès lors, va chercher sans relâche, à s'améliorer dans ce domaine. Sa rencontre avec Ryûsuke va agir comme un catalyseur. Koyuki va changer, murir, évoluer. Ses goûts et sa personnalité vont s'affirmer.
Ce qui marque et attire dans ce manga c'est son coté réaliste, la façon dont on peut s'identifier aux personnages. Autant les dessins des visages sont expressifs, à la limite de la caricature, autant leurs réactions et sentiments sont proches des nôtres. Tous ont un caractère qui leur est propre.
Koyuki. (Yukio Tanaka)En tant que héros c'est
le personnage qui subira le plus d'évolutions. Il va prendre
sa vie en main et cesser d'être une victime. Il est gentil et
ne supporte pas les injustices. Son bon cœur le poussera même
à prendre la défense d'autres personnes qui ne lui
rendront jamais la pareille. De fan d'une idol japonaise, il va
devenir passionné de musique rock. Son acharnement lui
permettra d'apprendre à jouer de la guitare en un temps
record. Il est aussi un excellent nageur grâce aux cours de M
Saito.
Dans Beck, il est à la fois
guitariste et chanteur. Sa voix douce et mélodieuse lui
permet d'interpréter les balades.
Ryûsuke Minami. Contrairement à
Koyuki, Ryûsuke a déjà une personnalité
affirmée dès le début. Il est sûr de lui
et sait ce qu'il veut malgré son âge. Son rêve est
de monter le meilleur groupe de musique. Sous ces airs de « mec
cool » il cache un grand sens de la justice. C'est
d'ailleurs pour cela que Koyuki attirera son attention. Ce personnage
est aussi le « Don Juan » du groupe, celui qui
collectionne les conquêtes d'un soir et fait pleurer les
demoiselles.
C'est le guitariste du groupe. Ryûsuke est un génie, il est capable de faire passer des émotions rien qu'en faisant vibrer les cordes de son instrument.
Yoshiyuki Taira. C'est le membre le plus âgé
du groupe. Il est calme, posé et mature. Ce caractère
le rend très lucide et raisonnable. Par contre, il est aussi
très franc et n'hésite pas à dire les vérités
même si elles sont blessantes. Il est depuis toujours à
la recherche d'un groupe où l'alchimie entre les membres est
exceptionnelle. Peu bavard, il ne dit pas grand chose sur lui ou sa
vie privée.
Taira est le bassiste mais c'est aussi et surtout un musicien dans l'âme. Il ne conçoit pas sa vie sans la musique. Quoiqu'il advienne, il fera carrière.
Tsunemi Chiba. Chiba est impulsif et bagarreur.
Plus jeune, il était souvent la victime des élèves
des classes supérieures. Il a donc décidé de se
prendre en main et a appris le karaté. Depuis, c'est lui qui
vient en aide à tous ceux qui se font martyriser. Koyuki sera
d'ailleurs l'un d'eux.
Chiba est le chanteur principal de Beck. Il n'avait aucune attirance pour le chant, il a accepté l'offre de Ryûsuke pour rencontrer des filles. Il s'avéra très dynamique et son talent enflammera les salles de concert.
Saku. (Yuji Sakurai) Passionné de rock depuis
longtemps, il sympathisera avec Koyuki dès son arrivée
à l'école. Malgré le risque de représailles
de la part de Hyodo il persistera à parler à Koyuki.
Leur amitié sera dès lors inébranlable. Saku est
extrêmement gentil et serviable, ce qui en fait un personnage
très attachant.
Saku est le batteur du groupe. Il a appris à jouer seul mais possède un feeling très particulier qui le rend excellent.
Maho Minami. C'est la petite soeur de Ryûsuke.
Maho a un caractère bien trempé et n'hésite pas
à dire ce qu'elle pense. Mais sous ces airs de jeune fille
forte, elle dissimule en réalité une vulnérabilité
et une sensibilité très poussées.
Maho veut faire carrière dans le cinéma.
Beck. C'est le chien de Ryûsuke.
Il est très bizarre avec ces cicatrices et ses couleurs peu
communes. Il apporte un dose d'humour au manga.
M Saitô. C'est un ancien nageur
olympique. Il donne des cours à Koyuki. Sa personnalité
passe du gentil monsieur bedonnant à celle d'un tyran vulgaire
lorsqu'il enseigne la natation. Passionné de rock anglais et
guitariste, c'est lui qui aidera Koyuki lors de ses débuts. C'est aussi le personnage le plus amusant de la série.
Individuellement chaque personnage a un
coté attachant mais, une fois réuni dans un même
groupe ils le deviennent encore plus. En effet, Beck au delà
de l'aspect musical est un manga d'amitié. Les cinq membres du
groupe sont soudés et c'est ce qui leur permettra de faire
face aux multiples difficultés qu'ils rencontreront sur leur
route. Parfois les doutes les assaillent et des tensions apparaissent
mais leur amitié est plus forte que tout.
Le réalisme du manga ne s'arrête
pas aux personnalités et aux sentiments de ses personnages. Le
style de narration aussi joue un rôle. L'histoire du groupe
passe tout autant par le récit des répétitions,
des concerts et des efforts faits pour faire connaître Beck,
que par la description des journées de chacun de ses membres.
L'auteur passe autant de temps à décrire une journée
au lycée qu'un concert. La vie quotidienne avec son lot
d'aléas, de coups durs ou de joies est aussi importante que
les démonstrations scéniques. Le mangaka insiste sur ce
point pour nous montrer combien les membres de Beck triment pour
gagner l'argent nécessaire à la survie du groupe, tout
en assurant leur scolarité et un semblant de vie privée.
D'ailleurs, Harold Sakuishi nous
gratifie même d'une gentille histoire de cœur. Les sentiments
naissent petit à petit puis on assiste aux débuts d'une
idylle avec son lot de doutes, de bonheur et de petits malheurs. Il
nous dépeint une histoire touchante de réalisme.
Pour ancrer d'avantage son histoire
dans notre monde, l'auteur parsème son récit de petits
clins d'oeil à des objets, marques ou personnes connues. Il
évoque aussi à de nombreuses reprises des noms de star
du rock qui existent réellement.
Le lecteur se sent impliqué, il
est spectateur du récit. Les dessins contribuent fortement à
lui donner cette impression. Le mangaka dessine fréquemment
des vignettes où aucun personnage n'apparaît. Il
représente le ciel, le bâtiment où se déroule
l'action, les escaliers qui descendent au live house où se
produit Beck, comme une invitation à entrer. Il aime aussi
faire des gros plans sur le chien Beck, ce qui n'est pas pour me
déplaire, tant il est amusant.
Ce manga pourrait très bien
décrire une histoire vraie mais le ton reste frais et
plaisant. L'humour est omniprésent, par le style caricatural
des dessins, par la présence de Beck et de M Saitô à
la personnalité débridée.
Ce manga nous permet d'en apprendre
plus sur le monde de la musique au Japon et dans le monde. Il met en
exergue les jeux d'influence et la domination des gros labels. Beck
se pose comme le groupe qui va résister. Ils vont chercher à
s'imposer sur la scène musicale envers et contre tout.
L'univers de la musique devient alors un monde manichéïste
où s'affronte d'un coté l'argent et la pop soutenue par
les labels et de l'autre Beck et les adorateurs du rock
traditionnel. En effet, par leur volonté de rester eux mêmes,
de faire la musique qu'ils aiment et de vouloir privilégier
les sentiments et les émotions à la popularité,
Beck va conquérir le cœur de certains fans de « bonne »
musique. Ce succès ne va pas plaire à tout le monde et
le groupe va s'attirer les foudres de gens influant dans ce milieu.
On peut se demander jusqu'à quel point Harold Sakuishi ne profite pas de ce manga pour critiquer le milieu de la musique.
Beck est le manga que je préfère. Malgré ses graphismes particuliers le mangaka nous entraîne dans son histoire. Nos cœurs palpitent au rythme de la musique et nos mains tournent les pages avec véhémence. Nous espérons tous qu'un jour Beck réussisse à s'imposer sur la scène musicale et à faire reconnaître la suprématie du rock, pur et véritable.
Un article de Carolus


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