Vampire Knight : le shôjo manga au goût de sang
Par samanga le samedi 18 octobre 2008, 17:02 - Oeuvres - Lien permanent
Les dernières séries que
nos éditeurs français nous ont dénichées
au pays du soleil levant sont toutes d'excellentes surprises (Skip Beat, Le Sablier, Comme elles, etc...). Toutes
présentent des caractéristiques jusque là
inédites : il semblerait que les codes du shôjo manga
soient en train d'évoluer.
Finies les séries mièvres où l'histoire ne tourne qu'autour d'un couple ! Faîtes place à des histoires où l'accent est porté sur la psychologie et l'évolution des personnages. Dans ce contexte de renouvellement des genres, Matsuri Hino va encore plus loin. Cette auteur était déjà réputée pour transporter ses lecteurs dans des mondes inconnus (Meru Puri paru chez Panini) mais avec Vampire Knight (paru lui aussi chez Panini) elle pousse le concept encore plus loin, allant jusqu'à flirter avec les codes propres aux shônen.
Mélanger subtilement sentiments, personnages sombres au passé tourmenté et hémoglobine, c'est du grand art !
Par une froide nuit d'hiver, une enfant est sauvée in extrémiste des crocs d'un vampire assoiffé de sang par un autre vampire nommé Kaname Kuran. Cette petite fille sera ensuite adoptée par le directeur d'une école pas comme les autres : l'académie Cross. Deux classes s'y succèdent tour à tour : une le jour et l'autre la nuit. Les élèves de la night class sont tous beaux et fascinent ceux de la day class. Pourtant ils ignorent que derrière ces visages magnifiques se cachent des vampires. Yuuki Cross, la fille du directeur et Zero Kiryû, un enfant qu'il a recueilli sont tous deux chargés de discipline. Leur rôle est de protéger ce secret. Yuuki prend son rôle très à cœur car elle croit en la coexistence pacifique entre les deux races. Zero, par contre, voue une haine féroce contre ceux qu'il considère comme des monstres à visage humain.
Couvertures des tomes 1 à 6 - Cliquez pour agrandir
Matsuri Hino signe avec Vampire Knight
son plus grand chef d'œuvre. A la lecture de cette série on
ressent la passion et l'intensité de sa réflexion. Le
déroulement de l'histoire est fluide, elle nous amène
subtilement à nous poser une foule de questions. Elle y répond
par bribes au fil des tomes mais souvent la réponse apporte avec elle une floppée d'autres
interrogations. Nous sommes pris dans l'intrigue et l'auteur joue
avec nos nerfs. Le suspense grandit à chaque page et avec lui
la souffrance des personnages.
Drames, tourments et destins maudits
Que ce soit la jolie et tendre Yuuki,
l'énigmatique Kaname ou le taciturne Zero, tous les
personnages possèdent des traits de caractère et une
histoire qui leur est propre. La mangaka commence son récit en
mettant l'accent sur Zero. C'est le personnage que l'on connait le
mieux pour le moment. Zero apparaît comme la victime d'un
complot qui le dépasse. Attaqué dans son enfance par
Shizuka : un vampire de sang pur qui a aussi tué ses parents.
Cette morsure le transformera lentement mais irrémédiablement
en vampire, plus précisément en level E. Zero lutte
depuis ce jour maudit où ses parents ont perdu la vie, pour
ne pas sombrer et devenir un de ses êtres sanguinaires qu'il
exècre tant. Ses sentiments deviennent alors clairs à
nos yeux et sa répulsion envers les vampires s'explique. Son
combat contre sa lente dégénérescence en level E
le rende attachant.
A travers l'histoire de Zero, Matsuri Hino nous dévoile subtilement les jeux d'influence et les différents groupes qui interviendront dans son récit. Elle nous fait découvrir l'existence du Sénat des vampires, l'association des vampires Hunter ou la race « à part » des sang pur. L'Académie apparaît alors comme un havre de paix à l'équilibre fragile qui ne résiste aux pressions extérieures rien que par la volonté de Kaname Kuran. Celui-ci a l'air de porter sur ses épaules le poids de sa race. Le lecteur soupçonne une vengeance dans laquelle l'Académie serait un outil mais sans savoir pourquoi. Kaname est un personnage sombre et ambigu, tout comme sa relation avec la gentille Yuuki. Nous voyons le profond attachement qu'il a envers la jeune fille mais sans comprendre en quoi elle est si exceptionnelle à ses yeux. La réponse nous sera sans doute donnée lorsque la mangaka nous dévoilera le passé oublié de la jeune fille.
Une violence latente
La cohabitation entre deux races que
tout oppose est un thème plus proche du shônen que du
shôjo. En effet, l'Académie Cross et la coexistence
entre ses deux classes répondent du désir un peu
utopique de son directeur de réconcilier deux races ennemies
par nature. Nous nous rendons assez vite compte qu'à part lui
et sa fille, personne ne partage cet idéal. Zero a trop
souffert pour pardonner à ceux qu'ils jugent responsables de
la mort de ses parents et de son calvaire actuel. Les élèves
de la night class se tiennent à carreau et acceptent de
substituer les « blood tablets » insipides au
sang humain uniquement par respect pour la volonté de Kaname.
Celui-ci est si énigmatique que l'on se demande qu'elles sont
réellement ses véritables intentions et quel place
l'Académie tient dans ses propres desseins.
Le monde des vampires semble très structuré avec une hiérarchie si importante que les sangs purs peuvent apparaître tout puissants. Pourtant, il n'en est rien. A la mort de Shizuka, il est fait mention d'un ennemi responsable de tous les événements qui ont accablé Zero. Nous ne savons pas de qui il s'agit mais nous comprenons qu'il tire les ficelles dans l'ombre. Shizuka mais aussi les parents de Zero n'étaient en réalité que de vulgaires instruments qu'il a utilisés à des fins inconnues. Encore une fois, Matsuri Hino se rapproche de la mince frontière entre shôjo et shônen. Elle n'hésite pas à coucher sur le papier des scènes d'une rare violence comme celle de la mort de Shizuka, pour ensuite enchainer sur des dessins remplis d'émotion.
Émotions, sentiments et
sensualité
Malgré les éclaboussures
de sang et la violence sous-jacente de certaines vignettes,
l'amatrice de shôjo sera comblée par la lecture de cette
série. Même si Matsuri Hino sors des sentiers battus par
certains aspects elle reste tout de même fidèle aux codes du shôjo. La mangaka adopte un rythme qui n'est
en rien semblable à celui des shônen. Elle prend son
temps pour poser les bases de son récit et des relations entre
les personnages. Elle insiste sur les visages, les expressions,
dévoilant avec subtilité les moindres tourments et
pensées de ses héros.
Vous l'aurez sans doute remarqué, Yuuki, Zero et Kaname forment le traditionnel triangle amoureux. Les sentiments bien qu'encore secondaires sont perceptibles et viennent donner une nouvelle profondeur à l'intrigue pour le plus grand plaisir des lectrices avides de romantisme et d'émotions.
Avec un coup de crayon comme nul autre pareil, Matsuri Hino nous ravira les yeux et nous submergera d'émotions puissantes et variées. Vu le travail effectué par la mangaka sur ses héros, il est impossible de ne rien ressentir à leur égard. Haine, pitié, admiration ou amour sont autant de sentiments qui nous assailliront à la lecture de ce manga. Certains verront en Zero un être fragile à protéger alors que d'autre lui préféreront la force d'esprit de Kaname. D'autres encore seront attirés par la douceur de Yuuki. Quelque soient nos préférences nous nous attacherons fatalement à l'un ou l'autre des personnages.
Ajoutons aussi une pointe de sensualité donnée aux scènes de morsure et des dessins d'une rare beauté, on ne peut pas s'y tromper, Vampire Knight est un pur shôjo comme nous les aimons.
- Editions : Panini
- Auteur : Matsuri Hino
- Prix : 6,95€
- Une série animée est sortie au Japon cette année.
Un article de Carolus


Commentaires
Ouh Matsuri Hino ne mélange pas les genre shojo shonen!! Elle fait du pur shojo! Shojo ne veut pas forcement dire amourette entre lycéens ! Il y a plein de shojos violents Matsuri Hino ne fait que reprendre le style de certains récits en les mettant à la sauce vampire ! Non parce que quand il y eu des titres comme Earthian, X de clamp angel sanctuary, Utena... en shojo qui ont déjà plus de 10 ans je dis que Vampire Knight ne renouvelle pas le genre... et puis X est bien plus violent graphiquement que Vampire Knight que j'ai pas trouvé spécialement morbide à part certaines scènes où Zéro suce le sang de Yuki !