Ikigami préavis de mort : quand la mort devient institutionnelle
Par samanga le dimanche 7 juin 2009, 19:48 - Oeuvres - Lien permanent
Une petite carte plastifiée dans votre boite aux lettres et c’est la
mort assurée. Ikigami, préavis de mort est une nouveauté sortie chez
Asuka. Le mangaka Motorô Mase anticipe la vie au Japon influencée par
une loi pas comme les autres. La lecture de ce seinen vous prend à la
gorge et vous fait ressentir toutes les émotions en l’espace de
quelques pages. Asuka a encore mis le doigt sur une série à fort
potentiel dans la même veine que Bokurano.
Lors de leur entrée à l’école, chaque petit japonais est vacciné. Certains vaccins sont inoffensifs mais 1 sur 1000 contient une capsule qui provoquera la mort du sujet plusieurs années plus tard. L’objectif est de rappeler à tous la valeur de la vie pour assurer la prospérité de la nation. Sacrifier la vie d’une personne pour le bien de la communauté. Grâce à une organisation bien huilée, le condamné à mort reçoit un préavis de mort nommé ikigami, 24h avant son décès. Commence alors pour lui les dernières heures de son existence. Comment va-t-il les passer ?

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Le lecteur accompagne Fujimoto : livreur d’ikigami dans son travail. Il
se rend au domicile des victimes et leur remet l’ikigami. C’est alors
que du livreur, notre regard se porte sur le destinataire de l’ikigami.
Nous allons le suivre pendant la dernière journée de sa vie et voir
comment il la met à profit. Nous allons ainsi partager les ultimes
moments de personnes diverses. Toutes les réactions sont différentes
mais toutes sont criantes de réalisme.
Certains vivront
l’annonce de leur mort comme une injustice et chercheront à se venger
de cette vie si cruelle. D’autres essaieront de retrouver durant 24h de
vraies valeurs telle que l’amitié. Certains vivront les derniers
instants d’une relation sentimentale, nous arrachant même quelques
larmes. D’autres essaieront de donner du sens à leur existence en
tentant de réaliser le rêve de leur vie. Parfois lorsque l’on se sait
condamné, ce maigre répit de 24h nous permet de nous surpasser. Chaque
histoire nous livre son pesant d’émotions.
Fujimoto, notre
livreur fera de brèves apparitions au début et à la fin de chaque histoire. On le découvre lors de sa prise de fonction. Il est empli de
doutes. Il obéit aux ordres plus par peur de se voir réserver le sort
des éléments séditieux : l’injection de la capsule de mort, que
par réelle conviction. Mais plus le temps passe et plus ses
interrogations sur la justice de cette loi se font rares. A l’image de son
chef, il prend de plus en plus de distances avec son travail et les
victimes de l’ikigami. Côtoyer la mort légalisée, la rend t-elle plus
supportable ?
Ikigami, préavis de mort est un manga qui nous prend à la gorge. Nous nous sentons oppressés par tant de cruautés étalées sous nos yeux, pas de sang ou de scènes ultra violentes mais plutôt une souffrance psychologique admirablement retranscrite. Nous sommes submergés par une flopée d'émotions et aussi par une foule de questions. Nous ne pouvons pas rester de marbre en lisant cette série. Comment réagirions nous si l'on nous annonçait notre mort prochaine ? Comment mettrions nous à profit ses 24 heures de répit ? Mais l'on s'interroge aussi sur le fond de l'histoire, sur l'efficacité de cette loi si arbitraire. Est ce que l'on peut prévenir le crime en tuant au hasard quelques jeunes japonais ? C'est à chacun de nous de trouver les réponses à ces questions. Le manga ne nous les fournira pas, préférant nous montrer les résultats de cette loi injuste sur les destins individuels des condamnés plutôt que sur la communauté.
Ikigami, préavis de mort est un manga criant de vérité que tout fan de seinen se doit de posséder dans sa mangathèque.
Un article de Carolus


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