Asai Rumi est une otaku mais pas n’importe quel genre d’otaku, elle est fan de yaoi ! Tout ce qui croise son regard est vu avec une sorte de filtre yaoi. Les mecs deviennent plus beaux et le moindre de leurs faits et gestes est interprété comme une marque d’affection envers un autre membre de la gent masculine.  Pourtant ça n’empêchera pas l’un d’entre eux, Takahiro, de tomber amoureux d’elle et de lui déclarer sa flamme.
Commencent alors une série de jeux amoureux qui échoueront lamentablement et de quiproquos tous plus amusants les uns que les autres.


Des  réactions extrêmes

Dès les premières pages la mangaka nous plonge dans l’ambiance. Le ton sera caricatural et l’humour omniprésent. Asai est tout sauf réaliste. Elle interprète tous les gestes et paroles des garçons et imagine des relations homosexuelles là où il n’y en a pas. Elle est tellement naïve, ignorante des sentiments amoureux et... otaku qu’elle perçoit la vie telle qu’elle est dépeinte dans les mangas.

Elle rêve de réaliser un dojinshi* avec d’autres amies fan, comme elle, de yaoi. Pourtant, dans sa classe personne n’a l’air d’avoir les mêmes centres d’intérêt qu’elle. Pire, le club d’art plastique est carrément désert et elle n’a aucun modèle qui puisse lui servir pour dessiner son fanzine** jusqu’au jour où le hasard place Abe sur son chemin.

Celui-ci est un jeune homme tout ce qu’il y a de plus normal face à l’extrémisme d’Asai. Ses réactions sont naturelles et purement masculines. Pourtant, il ne parviendra pas à faire comprendre ses sentiments à Asai. Sa déclaration tombe à plat et la jeune fille ne semble pas le prendre au sérieux tellement elle est persuadée qu’il est en couple avec le beau Chiba.

L’humour est mis en valeur par des dessins qui collent parfaitement au ton du manga. Le trait est léger et le SD (super deformed - caricature mettant l'accent sur les expressions du visage, très fréquent dans les mangas) souvent présent. De plus, la mangaka mélange savamment le dessin type shôjo - fleurs, coeurs et sensualité - avec des dessins humoristiques plus typés shônen. Le résultat est détonant ! 


Un humour frais et léger

Bien que l’on pourrait croire que cette histoire va subir des lourdeurs ou tomber dans les stéréotypes, il n’en est rien ! Les textes sont vraiment bien tournés et de nombreuses petites annotations viennent régulièrement nous arracher un sourire. Elles révèlent les pensées des personnages de façon humoristique. Elles viennent aussi illustrer les images issues de la vision yaoi d’Asai.
L’humour tourne autour de l’amour et du sexe sans jamais tomber dans le vulgaire. Au contraire... Takahiro est gêné devant la curiosité d’esprit d’Asai. Sa liberté d’expression le choque et le dérange alors qu’elle n’imagine pas du tout dépasser les limites.

Les situations se ressemblent souvent. Takahiro joue vraiment de malchance car Asai arrive toujours au moment où Chiba le taquine avec de petites phrases tintées d’humour ou des étreintes viriles mais ambiguës qui confortent Asai dans son idée. Les saignements de nez et les évanouissements se succèdent mais sans jamais nous lasser. Nous rions des inepties d’Asai et des souffrances de Takahiro.
La mangaka crée la surprise en introduisant un nouveau personnage. On s’attend à voir débarquer la peste de service alors qu’il n’en est rien. En réalité, il s’agit d’une otaku fan, elle aussi, de yaoi mais contrairement à Asai elle a les pieds sur terre.

La réalité comme source d'inspiration


Même si globalement le ton est à la caricature la personnalité des protagonistes n'est pas si éloignée que ça de la réalité. Les héros qui font rêver Asai sont très souvent repris dans des doujinshi* yaoi au Japon. De plus, l'expédition dans le quartier manga de nos deux fans de yaoi m'a fait énormément rire pour avoir déjà croiser ce genre de filles surexcitées dans des boutiques spécialisées à Paris.

Tous les stéréotypes des otakus sont passés en revue notamment dans le tome 2 avec la traditionnelle convention manga et son lot de filles hystériques et de garçons aux tendances perverses. Ce n'est pas sans rappeler certains visiteurs croisés lors de nos conventions en France.



Otaku Girls est une comédie romantique mais c’est aussi un seinen. Il faut le lire sans réfléchir juste en prenant plaisir à rire des farces fraiches et agréables dont la mangaka nous régale.

Titre : Otaku Girls
Titre alternatif : môso shôjo otaku-kei
Mangaka : KONJOH Natsumi
Editeur VF : Doki-Doki
Editeur VO : Futabasha
Type : seinen
Genre : Comédie, tranches de vie
Année : 2006
Nombre de volumes VF : 2
Nombre de volumes VO : 5 (en cours)

*Les Dōjinshi ou doujinshi (同人誌 【どうじんし】, contraction de 同人雑誌 doujin zasshi, litt. « revue de cercle ») sont des recueils édités de façon amateure par des personnes souhaitant présenter leurs travaux dans des domaines tels que la littérature, le dessin, etc., et diffusés à des échelles plus ou moins larges de façon confidentielle ou non. (wikipedia)
**Un fanzine (contraction de fan magazine) est un périodique (ou apériodique) indépendant, créé et réalisé de manière désintéressée par des passionnés, pour d'autres passionnés. (wikipedia)